Comment Bamako organise la gestion et le recyclage des déchets

Bamako grossit vite. Trop vite, peut-être, pour que les infrastructures suivent le rythme. Avec plus de 3 millions d’habitants et une croissance démographique parmi les plus rapides d’Afrique de l’Ouest, la capitale malienne produit chaque jour des volumes de déchets qui mettent à rude épreuve les systèmes mis en place. J’ai voulu comprendre comment la ville tente de relever ce défi, quels acteurs interviennent, et où en est réellement le recyclage sur le terrain.

Un système de collecte partagé entre plusieurs acteurs

La gestion des déchets à Bamako repose sur une organisation à plusieurs niveaux. L’État central, le District de Bamako, les six communes qui le composent, et des opérateurs privés agréés travaillent ensemble, parfois en bonne coordination, parfois avec des chevauchements de responsabilités qui ralentissent l’action.

Le District de Bamako supervise la politique globale, mais la mise en oeuvre revient largement aux communes. Chacune d’elles contracte avec des Groupements d’Intérêt Économique (GIE), des structures privées souvent informelles, qui assurent la collecte de porte à porte dans les quartiers. Ces GIE constituent la colonne vertébrale du système. Sans eux, les ordures resteraient devant les maisons.

Le rôle des GIE dans les quartiers

Les GIE emploient des agents qui passent dans les rues, souvent le matin tôt, avec des charrettes tirées par des ânes ou des tricycles motorisés. Ils collectent les déchets ménagers contre une cotisation mensuelle payée par les habitants, généralement entre 500 et 2 000 francs CFA selon le quartier et le volume produit.

Ce modèle présente un avantage réel : il crée des emplois locaux et finance partiellement le système sans dépendre entièrement du budget municipal. Mais son talon d’Achille reste la couverture inégale. Les quartiers périphériques, comme Banconi ou Yirimadio, bénéficient d’une collecte bien moins régulière que les zones centrales de Lafiabougou ou de Badalabougou.

Les décharges et le traitement des déchets

Une fois collectés, les déchets transitent par des points de regroupement avant d’être acheminés vers la décharge principale de Bamako, située à Noumoubougou, à environ 25 kilomètres au nord-est de la ville. Cette décharge reçoit l’essentiel des ordures ménagères de l’agglomération.

Le problème majeur : Noumoubougou fonctionne comme une décharge à ciel ouvert, sans traitement systématique des lixiviats ni captage du biogaz. Les risques environnementaux sont réels, notamment pour les nappes phréatiques de la zone. Des études ont été commandées pour moderniser le site, mais les travaux tardent à se concrétiser.

Dépôts sauvages : un problème persistant

Malgré le réseau de collecte, les dépôts sauvages restent fréquents. Bords du fleuve Niger, terrains vagues, bas-côtés des routes : les points de dépôt non autorisés prolifèrent, surtout dans les zones mal desservies. La Mairie du District mène des campagnes de sensibilisation et des opérations de nettoyage ponctuelles, mais sans action structurelle sur la collecte, ces efforts restent limités dans leurs effets.

Le recyclage : un secteur en émergence

C’est peut-être là que la situation est la plus intéressante. Le recyclage formel à Bamako reste embryonnaire, mais un secteur informel dynamique comble partiellement le vide.

Des récupérateurs, localement appelés “fouilleurs”, travaillent sur les dépôts et à la décharge pour trier et revendre les matériaux valorisables. Plastiques, métaux, cartons, verre : tout ce qui trouve preneur est récupéré. Ce travail, exercé dans des conditions difficiles, joue un rôle économique et environnemental concret.

Quelques filières de recyclage actives

Voici les principales matières qui font l’objet d’une valorisation, même partielle, à Bamako :

  • Plastiques : bouteilles PET et sachets sont triés et revendus à des collecteurs qui les expédient vers des unités de transformation, souvent au Sénégal ou en Côte d’Ivoire.
  • Métaux ferreux et non-ferreux : récupérés par des ferraillers qui les revendent à des fonderies locales ou régionales.
  • Carton et papier : collectés par des revendeurs qui alimentent quelques petites unités de fabrication artisanale.
  • Matières organiques : une fraction des déchets de marché est composée par des maraîchers en périphérie pour produire du fumier organique.
  • Huiles usagées : récupérées par des garagistes et revendues pour un usage comme combustible dans certaines briqueteries.

Initiatives structurées en développement

Quelques projets plus formels ont émergé ces dernières années. L’association Mali Plastique travaille à la collecte et au broyage des plastiques. Des coopératives féminines dans certains quartiers trient les déchets à la source et commercialisent les matières récupérées. Ces initiatives restent à petite échelle, mais elles prouvent que le modèle fonctionne si on lui donne les moyens de se structurer.

Tableau de synthèse du système de gestion

ActeurRôle principalZone d’intervention
District de BamakoCoordination et politique généraleEnsemble de l’agglomération
Communes (x6)Contractualisation avec les GIELeur territoire respectif
GIE privés agréésCollecte porte à porteQuartiers desservis
Décharge de NoumoubougouRéception et stockageEnsemble du District
Récupérateurs informelsTri et revente de matériauxDépôts, marchés, décharge
ONG et associationsSensibilisation, recyclage partielQuartiers ciblés

Les défis qui restent entiers

Je retiens trois obstacles majeurs que la ville doit surmonter pour progresser réellement.

Le premier est financier. Les communes manquent de ressources pour payer les GIE à la hauteur des besoins, ce qui entraîne des ruptures de service dans les quartiers les plus pauvres.

Le deuxième est technique. La décharge de Noumoubougou nécessite une modernisation profonde, et aucune unité de traitement mécano-biologique n’existe encore à Bamako.

Le troisième est comportemental. Une partie de la population continue de jeter les déchets dans la rue par manque de contenants accessibles, par habitude, ou par défiance envers un système jugé peu fiable. Les campagnes de sensibilisation des mairies et des ONG travaillent sur ce point, avec des résultats encore modestes.

Ce que je retiens et ce qu’il faudrait faire

Bamako a construit un système fonctionnel à partir de peu de moyens. Les GIE constituent une solution pragmatique et les récupérateurs informels jouent un rôle environnemental que les pouvoirs publics auraient intérêt à reconnaître et à intégrer dans une filière structurée.

Les pistes les plus prometteuses pour améliorer la situation sont claires. Formaliser et mieux rémunérer les récupérateurs, investir dans une unité de compostage à grande échelle pour les déchets organiques, moderniser la décharge de Noumoubougou, et étendre la collecte aux quartiers périphériques : ce sont des actions réalisables, à condition de dégager les financements nécessaires, notamment via des partenariats avec les bailleurs de fonds internationaux déjà actifs au Mali.

Si vous travaillez dans le secteur du développement urbain ou de la gestion des déchets au Mali, partagez vos retours d’expérience. Les solutions locales, ancrées dans les réalités de Bamako, restent les plus durables.

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