Comment la Grande Muraille Verte progresse sur le territoire malien
Le Sahel brûle. Chaque année, des millions d’hectares de terres fertiles disparaissent sous l’avancée du désert. Au Mali, cette réalité frappe des communautés entières qui voient leurs pâturages se transformer en étendues de sable stérile. Face à cette menace, la Grande Muraille Verte représente l’une des réponses les plus ambitieuses jamais imaginées sur le continent africain. J’ai suivi ce projet de près, et ce que j’observe sur le terrain malien mérite qu’on en parle avec précision.
Une initiative continentale aux racines maliennes

Lancée officiellement en 2007 sous l’égide de l’Union Africaine, la Grande Muraille Verte vise à planter une bande de végétation de 8 000 kilomètres de long et 15 kilomètres de large, de Dakar à Djibouti. L’objectif affiché pour 2030 est de restaurer 100 millions d’hectares de terres dégradées à travers onze pays.
Le Mali occupe une position centrale dans ce dispositif. Le pays traverse trois zones agroclimatiques majeures, du Sahara au nord jusqu’aux savanes soudaniennes au sud. Cette diversité géographique en fait à la fois un terrain d’action prioritaire et un laboratoire d’expérimentation pour les techniques de restauration.
L’état d’avancement au Mali
Les zones d’intervention prioritaires
Les efforts maliens se concentrent principalement dans les régions de Tombouctou, Gao et Mopti. Ces zones subissent une désertification accélérée, combinée à une pression démographique et pastorale intense. Les travaux portent sur trois grands axes.
- Plantation d’espèces locales adaptées à la sécheresse, notamment l’Acacia senegal, le Balanites aegyptiaca et le Ziziphus mauritiana
- Régénération Naturelle Assistée (RNA), une technique qui consiste à protéger et gérer les pousses spontanées déjà présentes dans le sol
- Construction de demi-lunes et de cordons pierreux pour retenir l’eau de pluie et limiter l’érosion hydrique
La RNA mérite une attention particulière. Elle coûte moins cher que la plantation directe, produit des résultats plus durables parce qu’elle mobilise le potentiel végétal déjà en place, et implique directement les agriculteurs dans la gestion de leurs terres.
Les chiffres sur le terrain
| Indicateur | Données disponibles |
|---|---|
| Superficie cible pour le Mali | Environ 1,2 million d’hectares |
| Terres restaurées estimées (2022) | Autour de 250 000 hectares |
| Taux d’avancement approximatif | 20 à 25 % |
| Espèces végétales utilisées | Plus de 30 espèces locales |
| Communautés impliquées | Plusieurs centaines de villages |
Ces chiffres proviennent de rapports de l’Agence Panafricaine de la Grande Muraille Verte et du gouvernement malien. Ils restent approximatifs parce que les méthodes de mesure varient selon les partenaires. Ce que je retiens, c’est que le rythme de progression s’est accéléré depuis 2021, en partie grâce à un financement renforcé au Sommet sur les Systèmes Alimentaires des Nations Unies.
Les acteurs qui font avancer le projet

Le projet malien implique une chaîne d’acteurs que je trouve souvent sous-estimée dans les analyses classiques. L’Agence Nationale de la Grande Muraille Verte du Mali coordonne les interventions au niveau national. Elle travaille avec le Ministère de l’Environnement, mais aussi avec des ONG locales, des services forestiers régionaux et des organisations paysannes.
Les partenaires internationaux jouent un rôle de financement majeur. Le Fonds pour l’Environnement Mondial, l’Union Européenne et la Banque Mondiale ont injecté des dizaines de millions de dollars depuis 2015. La France, via l’AFD, finance plusieurs composantes de reboisement dans la région de Mopti.
Ce qui différencie le Mali des autres pays du tracé, c’est l’intégration progressive des pratiques agroforestières dans les systèmes de production locaux. Le parc agroforestier à base de Faidherbia albida, arbre iconique du Sahel, se répand dans plusieurs communes de la région de Ségou et de Mopti. Cet arbre fixe l’azote dans le sol et perd ses feuilles en saison des pluies, ce qui évite la concurrence avec les cultures. C’est une adaptation intelligente au contexte local.
Les défis qui persistent
Je préfère regarder les obstacles en face plutôt que de présenter un tableau idyllique. Le Mali fait face à plusieurs freins structurels qui ralentissent l’avancement du projet.
Le premier est la sécurité. Les régions de Gao et de Tombouctou, au coeur du tracé de la Muraille, sont touchées par une instabilité persistante depuis 2012. Les équipes de terrain opèrent dans des conditions difficiles, et certains chantiers restent inaccessibles pendant de longues périodes.
Le deuxième est la durabilité des plantations. Planter des arbres sans assurer leur entretien pendant les premières années mène à des taux de mortalité élevés. Des études conduites dans la région de Mopti estiment que 30 à 40 % des plants mis en terre meurent avant leur troisième année, faute de suivi et d’irrigation.
Le troisième défi est la coordination entre acteurs. Les projets financés par différents bailleurs s’articulent parfois mal entre eux, ce qui crée des doublons dans certaines zones et des lacunes dans d’autres.
Ce que les communautés en disent
J’accorde beaucoup de poids aux retours des populations locales, parce qu’elles vivent avec le projet au quotidien. Dans plusieurs communes de la région de Mopti, des agriculteurs témoignent d’une amélioration de la fertilité des sols autour des zones restaurées. Les femmes, qui gèrent souvent les ressources ligneuses pour le bois de chauffe et les produits forestiers non ligneux, signalent un accès plus régulier à ces ressources.
Les éleveurs, en revanche, expriment parfois des tensions avec les agriculteurs sur le contrôle des zones reboisées. La mise en défens, c’est-à-dire l’interdiction temporaire de pâturage dans certaines parcelles, génère des conflits d’usage qu’il faut gérer avec soin.
Les prochaines étapes pour le Mali
Le gouvernement malien a fixé un objectif de restauration de 4 millions d’hectares d’ici 2030, dans le cadre de ses engagements combinant la Grande Muraille Verte et l’initiative AFR100. Atteindre cet objectif demande une accélération significative du rythme actuel.
Trois leviers me semblent déterminants pour y parvenir. D’abord, renforcer la formation des communautés aux techniques de RNA et d’agroforesterie, pour que le savoir ne reste pas entre les mains des techniciens. Ensuite, sécuriser des financements pluriannuels plutôt que des projets courts qui interrompent la continuité des actions. Enfin, investir dans le suivi-évaluation par satellite et terrain pour mesurer réellement ce qui fonctionne.
La Grande Muraille Verte au Mali avance. Le chemin reste long, les obstacles sont réels, mais les résultats visibles dans plusieurs villages de la région de Mopti montrent que la restauration des terres sahéliennes est possible. Ce projet mérite un suivi rigoureux et un soutien constant, pas seulement des déclarations d’intention lors des sommets internationaux.
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